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L’attrait. Le désir. L’envie. La folie. Le jeu. La fièvre. Courir après l’ombre de la jouissance. L’attraper et s’en délecter. Comme on mange le fruit mûr ! Il était mûr. J’étais affamée. Des rencontres comme il s’en fait peu. Sans mots. Tout dans le regard, l’accord par les yeux. Je m’avançais vers l’endroit où il était attablé. Je l’ai aussitôt remarqué. Le démon tentateur.
Tout, des manières jusqu’au trait négligé avec lequel il vidait son verre. Tout était confondu, connoté dans le moindre détail, tout se rapportait à moi. J’étais le verre, j’étais l’air, le feu, l’eau, j’étais subjuguée par l’allure.

Apex. Le mot en lui-même. La douceur de ce qu’il évoque. L’orgie de sens qu’il déclenchait en moi. Les mots, dans un contexte semblable, sont malvenus.
J’ai croisé son regard, compris l’affirmation qui s’y dissimulait. Lorsqu’il a réglé l’addition, je l’ai simplement pris par la main. Mes pas n’en étaient plus, je transpirais l’aisance, la confiance de celle qui a gagné avant même d’engager le combat. Je le savais à moi. Je savourais mon calme flegmatique. Le noir, total. Ne plus se souvenir ni du pourquoi ni du
comment. Un lit, simplement. Une chambre. Petite. Proche. Lui, moi. L’équation résolue.

Il souriait quand je lui ai pris la main pour qu’il me dénude. Lentement. Comme s’il déshabillait une fleur fraîchement coupée, comme s’il devait porter attention au moindre mouvement, le graver, le garder en lui, poursuivre le stigmate de cette rencontre. Ses longs doigts fins m’effleuraient involontairement et pourtant, les frissons qui s’éveillaient sur ma peau étaient si pesés, si présents, si désirés qu’ils n’étaient autres que le fruit de son ardeur à me faire languir. J’étais là, nue, au beau milieu d’une pièce sombre, un inconnu me scrutant, détaillant les moindres courbes de mon corps, se délectant de cette gêne nouvelle qui naissait sur mes joues.

Le rappel d’une entente tacite entre l’inconnu et moi : le silence. Ne pas briser le silence. Agir. Cesser d’être pétrifiée, sortir de ma peau, sortir de mon être, exacerber mon désir. Poursuivre la folie comme elle m’a poursuivie. Renaître dans les sillages du silence. Laisser aller mes appréhensions. Aller jusqu’au bout de l’idéal.
D’un regard, d’un seul regard, j’ai compris. J’ai entendu. Je me suis agenouillée devant lui docilement, mendiant presque le plaisir de découvrir sa chair gonflée, suppliant silencieusement la permission d’acheminer son sexe en moi, caressant des yeux sa forme naissante, l’ampleur de son renflement dans des pantalons devenus soudainement trop étroits.

D’un coup de main pratiquement invisible, il se déshabilla devant moi, ne me quittant du regard que le temps de passer son chandail. La déliquescence de mes sens pudiques était à son apogée, comblée par l’odeur de son sexe érigé devant moi, prêt à être totalement absorbé par ma gorge assoiffée. Et juste au moment où je m’élançais vers lui, au moment même où mes lèvres touchaient le désir, il me retint doucement, une main solidement plaquée au front. Nos regards, encore. La soif de ma part, l’amusement de la sienne. Il se dandinait devant moi, paradait son sexe sans scrupule devant mon visage rougi, frôlait consciemment mes joues, mon front, mon nez, dirigeait son gland sur ma langue pendante puis se retirait, revenait rapidement se perdre dans mes cheveux, tournait autour de moi comme un vautour autour de sa proie, prenant un soin méticuleux de ne jamais trop corrompre son sexe incroyablement gonflé avec ma bouche offerte, frémissante.

Puis soudainement plus rien. Seul son corps devant le mien. Et le silence. L’une des dernières choses que j’ai aperçu : son sourire, si démoniaque, si doux…et ses yeux.
Déterminés. Pervers. Puis sa démarche décidée quand il s’est dirigé vers le lit, prenant une taie, enlevant l’oreiller rapidement, presque brutalement, roulant le tissu sur lui-même. Puis l’odeur de la force, l’odeur de l’inconnu, de la peur confiante. Lorsqu’il enveloppa ma tête de son bandeau improvisé, il a prononcé un des seuls mots que je n’ai jamais entendus de sa bouche. Un seul mot et j’étais transie, abandonnée, confiante, soumise.

Un mot sorti tout droit d’une bouche magnifique, à la voix d’or, chaude, masculine. « Ais confiance. » Puis le noir total. Plus rien. Que des sens.

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